samedi 17 novembre 2018

Remi et sa famille

Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville ;

Ces premiers vers de Verlaine me trottent dans la tête depuis déjà plusieurs jours.
Il faut dire que le temps du Nord s'y prête à merveille. Fini l'été indien chanté par Joe Dassin. Nous revient plutôt le mois d'octobre chanté par Cabrel.

Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la ville ;

Pourtant je suis habitué aux pluies du Nord, j'oserais même aller jusqu'à dire qu'elles me manquent quand elles se font trop rares.
Ces pluies ont un effet lénifiant et porteur d'espoir chez nous. Elles lavent, effacent pendant un temps, tout, même le sang ami ou ennemi qui a coulé sur nos pavés du Nord pendant les guerres.
Les guerres, LA guerre...

Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville ;

Nous ne sommes pas les seuls, nous, les gens du Nord, a avoir été touché par cette guerre terrible, cette guerre que les historiens appellent LA GRANDE.
Mais il n'y a rien de grand dans une guerre. Il y a juste des gens. Des gens ordinaires confrontés à des événements extraordinaires.
Les survivants ont fait de leur mieux pour reconstruire, parfois loin de leur cocon familial, emporté par la clameur des morts.
Chacun à sa manière, chacun à sa hauteur, chacun avec son caractère forgé par le sang d'un disparu cher à son coeur.

Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville ;

Je pense beaucoup à mes morts en ce moment. Quoi d'étonnant ? C'est la saison non ?
Mon regard se fait vague, je me sens emporté. Un battement de cils plus tard et me voici à la grande foire de Lille.
Mais c'est étrange, les carrousels me semblent désuets, les peluches...je ne sais pas, un peu différentes...
A mes pieds trempe dans une flaque d'eau un morceau de papier journal avec une date le 03 septembre 1936.
Le long frisson qui me secoue n'est pas uniquement dû à cette pluie glaçante qui s'insinue dans le col de mon manteau pour descendre le long de ma nuque. Juste à cet instant je comprends où mon rendez-vous généalogique m'a mené.

Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville ;

Pas le temps à plus de réflexions, déjà ils arrivent. Les deux enfants marchent légèrement au-devant de leurs parents qui les encadrent. Leurs voix portent jusqu'à moi et je n'entends que rires sous tendus derrière les mots cadeau et anniversaire. Oui c'est l'anniversaire du plus petit, mon grand-père, Raymond et comme tout les ans ses parents, Rémi et Pétronille, l’amènent à la foire pour lui choisir SON beau jouet de l'année. Un joli portrait d'une famille qui pourrait être idéale si on ne s'attardait pas plus. Mais avec un peu d'attention on peut apercevoir le pli amer dissimulé sous le sourire de surface du papa. On peut également se rendre compte que le sourire de maman n'atteint pas ses yeux froids comme de la glace, froids comme sait l'être le Nord.

Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville ;

Mes pas emboîtent les leurs. La foire aux manèges s'étend sur une grande partie du champ de Mars à Lille.
Dans leurs ombres je retrouve les couleurs éclatantes des ampoules multicolores qui encadrent les caravanes des forains.
Je sens l'odeur caractéristique des croustillons et des pommes d'amour qui nous font de l’œil à chaque carrefour de cette mini-ville emplie de sons, de couleurs et d'odeurs plus attractives les unes que les autres. Mais à contrario de mon grand-père et de son frère, Roger, complètement envoûtés par ce qu'ils voient, je n'arrive pas à trouver ma place. Je suis en attente.
Enfin je perçois le signe que j'attendais. Remi se raidit et lui, qui marche toujours à la militaire en véritable métronome, manque un pas. Pétronille lui jette un regard déconcerté. Que se passe-t-il ?

Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville ;

L'Histoire et les histoires en ont a dire sur le couple que forme Remi et Petronille mais s'il y a une chose où tous et toutes tombent d'accord c'est qu'ils étaient parfaitement accordés et qu'ils n'avaient pas besoin de mot pour comprendre intimement l'autre. Aussi quand Remi jeta un regard désemparé vers Petronille et que son regard se reporta sur l'inconnu qui venait de surgir au bout de l'allée il ne fallut que quelques battements de coeur à Petronille pour comprendre. C'était LUI ! La némésis de Rémi. Ses yeux froids, reptiliens se détournèrent de l'inconnu, s'accrochèrent à ceux de Rémi. Dans le même mouvement elle hocha doucement la tête et saisit les bras de ses garçons, histoire d'être certaine qu'ils ne suivent pas leur père. Cela les choqua suffisamment, car leur maman n'était pas tactile, pour laisser partir leur père sans plus de cérémonie. Et alors que j'allais suivre Remi, Petronille qui avait jusque là totalement ignorée ma présence verrouilla son regard sur moi. Et je vous assure que cela me suffit pour ne plus bouger un muscle.

Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville ;

Elle se remit en route, tractant ses deux enfants d'une main ferme. Elle s'arrêta rapidement devant un marchand de croustillons, lâcha quelques piécettes aux garçons et se mit légèrement en recul pour qu'ils aillent seuls faire la queue devant ces alléchantes sucreries. Dès qu'ils ne firent plus attention à elle, Pétronille commença à me parler. Elle parlait doucement, un chuchotement rocailleux dû en partie par l'accent terrible qu'elle avait en raison de son apprentissage tardif du français, en partie de par la colère sous-jacente qui couvait en elle et qui m'était très nettement visible et enfin en partie pour ne pas ressembler à une folle qui parlerait toute seule !
"- Laisse-le seul, il fera ce qu'il pense être le plus juste.
- Oui, d'accord. Répondis-je, mais j'aurais tant aimer savoir !
- Savoir quoi ?
- Et bien, on ne sait pas ce qu'est devenu son cousin après son entre-vue avec Remi. Mort, vivant...
- Ah, tu veux tout savoir n'est-ce pas ! Parce que tu crois que c'est BIEN de tout savoir ? MOI je ne veux pas savoir. Et même si je SAIS je ne dirais rien ! Sais-tu au moins pourquoi ça l'a tant bouleverser de voir son cousin ?

Il pelure dans mon coeur comme il pleut sur la ville ;

- Oui, je me doute. Je sais que sous la pression des allemands il a dit que son père en fuite avait trouvé refuge chez le père de Remi, Auguste. Je sais aussi qu'Auguste est mort sous la torture et que Remi alors adolescent a été fait prisonnier et mis dans des camps de travaux forcés en Allemagne. Je sais ....
- Ah, tu SAIS ! me cingle t'elle sa voix sifflante comme le vent glacé d'hiver. Mais as-tu ressenti ? Ressenti ta vie qui bascule dans l'horreur, l'arrivée des allemands chez toi, le fait de savoir que la sacro-sainte famille n'a pas tenue face aux interrogatoires ? As-tu ressenti la mort de ton père parce qu'il a fait ce qui lui semblait juste ? SAIS tu que Rémi s'est plusieurs fois échappé des camps et qu'il a même réussi à arriver jusqu'à son village ?
- J'hoche doucement la tête n'osant plus répondre
- Mais as-tu ressenti sa peine, sa haine, sa douleur quand il a été repris ? As-tu ressenti son profond dégoût pour ses voisins, ses amis qui l'ont trahi en dénonçant sa présence dans son village ? Il n'a même pas eu le temps d'embrasser sa mère ! Remi est sans demi-mesure, il n'a jamais trahi, malgré les tortures, les privations, il a tout gardé pour lui, comme son père, mort avant lui. Mais lui n'est pas mort, enfin, pas vraiment. A la fin de la guerre il n'a pas su rentrer dans son village, il est parti, loin, ici, en France où il a décidé de reconstruire sa vie. Sa vie qu'il pensait tout autre. SAIS tu enfin qu'il a été partiellement gazé au gaz moutarde pendant l'une de ses fuites ?
Elle ne me laisse même pas cette fois-ci hocher la tête qu'elle reprend déjà, mais est-ce que tu ressens sa douleur quand il doit alimenter les forges de l'usine dans laquelle il travaille ? Cette douleur qui parfois lui coupe la respiration et fait perler de la sueur à son front? Cette douleur qu'il ressent a chaque fois qu'il ouvre grand les bras et doit inspirer à fond pour faire fonctionner le souffleur ?
Non, mille fois non, tu n'en sais rien. Moi je sais, en parti, alors oui, il vient de voir celui par qui son malheur est arrivé, en tout cas, celui sur qui il a rejeté toutes les fautes, toutes les douleurs. Que crois-tu qu'il va lui faire ?
Je la regarde, dévasté. Entre SAVOIR les choses et COMPRENDRE se qu'a ressenti une personne, il y a un fossé.

Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville

La pluie me ramène à moi, Petronille a raison, finalement je ne veux pas savoir ce qu'il a fait où pas à son cousin. Mon grand-père me raconta que longtemps après être rentré chez lui de la foire son père est rentré, qu'il avait du sang sur le visage et que ses mains étaient gonflées d'avoir trop cognées sur quelque chose. Il me dit aussi sur le ton de l'extrême confidence que c'est la seule et unique fois qu'il le vit pleuré mais que JAMAIS il ne sut pourquoi.
Je regarde la pluie tombée sur ma fenêtre, je suis rentré chez moi. La pluie rend la chaussée brillante en cette fin de journée et elle réverbère les lumières des rues comme un prémisse d'espoir de jours meilleurs.
Je repense à Auguste mort d'avoir caché son frère, à Rémi a jamais dévasté par une guerre qui lui a tout pris, à mon grand-père Raymond qui n'a jamais totalement compris ses parents et qui en a tant souffert. Mais je pense aussi à ce formidable espoir qui les a poussé, les uns les autres à faire ce qui leur semblait juste. A cette incroyable volonté qui a poussé mon grand-père à se dépasser et a toujours vouloir ce qu'il y a de mieux et de plus juste pour lui, sa femme et ces descendants.
Je pense à cet espoir, je pense à cette volonté et je prie pour qu'un jour il ne pleure plus dans mon coeur comme il pleut sur la ville.

mercredi 24 octobre 2018

Pinoy Albert dit Arthur

Je pense que dans chaque arbre généalogique il y a ce que j'appelle les "perdus de vue".
Ces ascendants qui d'un seul coup disparaissent de notre champs de travail, sans aucune raison et où on ne retrouve que difficilement (quand on la retrouve) une trace.

C'est le cas ici pour Pinoy Albert dit Arthur.
Avant de repartir à sa recherche il faut faire les choses dans les règles.
Tout d'abord comme c'est MON arbre, enfin celui que je partage avec ma femme et mon beau-père et que c'est arbre à 20 ans beaucoup de choses ont été travaillé puis stopper....Certains travaux datent des débuts de l'arbre et nous n'avions pas forcément les mêmes compétences et manières de travailler que maintenant. Je fais exactement la même chose avec VOTRE arbre si vous l'avez déjà commencé car chaque généalogiste travaille d'une manière qui lui est propre.
Donc quand je reprends, comme ici mon PINOY Albert, je commence par recenser tout ce que je sais déjà sur lui afin de mettre en place une méthode de travail pertinente.
Voici en premier lieu son arbre généalogique que je connais a partir de ses arrières-grands-parents jusqu'à ses petits enfants.
Dans cet arbre ne sont répertoriés que les "ascendants directs" donc les couples et l'enfant se mariant ect pour finir par donner Albert.
Ensuite on voit les enfants (que je connais actuellement de son couple avec VERHAMME Malvina ainsi que tous ses petits enfants.
Mais il manque sur cet arbre les frères et soeurs d'Albert. Car si on veut connaitre son histoire et ainsi avoir plus de pistes sur l'endroit où il est mort il faut connaitre également les grandes lignes de la vie de ses collatéraux.
Voici un petit récap de ce que nous connaissons à l'heure actuelle sur sa famille
ça nous permet de voir où se trouve Albert dans la hiérarchie familiale. On peut voir aussi de cette manière que les DENEIRE n'ont pas encore été travaillé ! rire.


lundi 22 octobre 2018

Perdus de vue

Ici vous trouverez l'état de nos recherches sur les ancêtres "perdu de vues".
Ceux qui ont mystérieusement disparu et qui n'ont laissé que peu de traces de leur passage

samedi 20 octobre 2018

Elisabeth ou les malheurs d'Isabelle

Mes filles sont malades. Oh rien de grave, mais tout de même. Elles ont de la fièvre, mal partout et avouons-le, elles sont un peu chagrines. Comme elles ont mal à la tête, pas d'écran d'aucune sorte pour elles et elles ne sont pas contentes.
Pour les faire sourire un peu je m'installe a côté d'elles, elles sont pelotonnées dans canapé, je m'assoies sur un pouf près d'elles et je décide de leur raconter une histoire. Certes, un peu romancé, ce sont des enfants tout de même ! Mais depuis qu'elles sont petites j'aime leur raconter des contes basés sur l'histoire de leurs ancêtres. Cette histoire ne fera pas exception.
Elles me lancent un regard assez dédaigneux car elles se trouvent trop grandes pour écouter des histoires, mais je suis d'avis qu'on n'est jamais trop vieux pour apprendre.

Photo du Schelde prise a Scheldewindeke en octobre 2018
"Il était une fois dans un pays pas si lointain de nous, un petit village, qui un jour appartiendra à la Belgique. Ce village était, est traversé par le fleuve Schelde qui pour nous s'appelle Escaut et dont un de ses sous-affluents, la Deûle, serpente a quelques centaines de mètres de chez nous.




Je vois que le regard de mes filles s'allument. Elles adorent quand elles peuvent accrocher un élément qui leur est proche à une de mes histoires.


Une des vieilles fermes qui existent encore à Scheldewindeke

Ce village s'appelle Scheldewindeke, ce qu'on pourrait traduire littéralement le Schelde venteux.
Dans ce village nul château mais des fermes à perte de vue et des petites maisons pelotonnées les unes contre les autres pour contrer les vents et le froid. C'est dans l'une d'elles que commence mon histoire. Nous sommes le 16 décembre 1784 et il fait froid, il fait même très froid !

L'hiver est arrivé précocement cette année et cela fait déjà 2 semaines qu'il gèle à pierre fendre et rien ne laissait présagerbque cela s'arrange avant un long, très long moment. L'été avait été calamiteux. Il avait tant plu que les récoltes avaient pourris sur pied obligeant les hommes valides à chercher du travail ailleurs, dans d'autres villages ou villes moins dépendantes de l'agriculture, tant les récoltes furent mauvaises. La froidure de cet hiver n'arrangeait rien, les semences de blés étaient détruites, la neige rendait tout voyage impossible. C'est dans cette ambiance morose teintée de peur qu'attend Isabelle BAUWENS.
Isabelle fut certainement une belle jeune femme, mais une vie de dure labeur et de malheurs en tout genre avaient pris leurs tribus sur sa beauté et sa joie de vivre.
Elle était là, emmitouflée dans une chemise de nuit épaisse, sous un gilet de laine qui avait connu des jours meilleurs mais qui n'arrivaient pas a caché ses seins lourds, tendus à en être douloureux. Elle regardait les chiches lumières projetées par le petit feu qu'avait démarré les matrones avant de la laisser dans son fauteuil à bascule, cadeau de son époux pour leur premier anniversaire de mariage.
Pour se changer les idées, elle démêlait ses longs cheveux avec un peigne en écailles, unique vestige de jours anciens, peut-être, certainement plus heureux.
C'est a ce moment précis que mes filles et moi, emportaient par l'histoire débarquons dans sa chambre sans autre forme de procès.
Elle quitte le feu du regard et nous toise d'un air peu commode, mais comme souvent chez nos ancêtres, ils nous reconnaissent pour être de leur sang et s’apaisent rapidement. A moins qu'ils ne pensent avoir a faire à des esprits et dans ce cas, toutes les superstitions le disent, autant être accommodant on ne sait jamais...
Toujours est-il que son temps d'adaptation à notre présence fut extraordinairement court et qu'elle repris son lent va et vient dans ses cheveux, tout en nous dévorant des yeux. Puis une question jailli.
"- Mais qui êtes-vous et que faites vous dans ma chambre ? Je vous préviens je ne laissera pas mes enfants sans me battre..."
Je lève les mains en signe d'apaisement et mes filles reculent d'un pas. Elles le pressentent déjà, on ne met pas en colère une femme qui vient d'accoucher, et tout indiquait, de la mise d'Isabelle au léger relent de sang flottant encore dans la pièce, que c'était le cas. Mais je n'eu pas le temps de prendre la parole qu'elle reprenait déjà.
"- Je ne me conduit pas ainsi d'habitude, je vous prie de m'excuser, qui que vous soyez"
Elle jette un regard sur mes filles et ses yeux s'adoucissent
"- Je ne pense pas que vous soyez un esprit malin, ou un représentant de la mort. Pas avec deux si jolies fillettes. Mais alors qui êtes-vous?"
C'est une réponse toujours difficile à donner, j'opte donc, car je sais que notre temps en sa compagnie ne pourra être long, pour un raccourci des plus expéditifs
"- Ce que vous avez laissé derrière vous, nous sommes votre descendance.
- Du quel de mes fils, vous êtes ..."
Mais je lui coupe la parole
- Non nous ne descendons pas de vos fils mais de votre fille.
- Ma fille ? Ma Joanna ?
- Oui celle qui est à cette heure ci est en train de se faire baptiser dans votre paroisse en compagnie de ses parrain et marraine.
Ses jolies yeux qui avaient repris vis à l'annonce de cette nouvelle s'assombrir à nouveau.
Eglise datant du XII siecle
Son peigne repris son lent travail dans ses cheveux emmêlés. La morsure du peigne avait l'air de l’apaiser. Je pouvais presque voir à quoi elle pensait.
A cette église nichée au cœur du village avec son cimetière qui lui tenait lieu de jardin et qui contenait déjà bien trop des siens.
Et cette église, cette église qui avait tant, trop de fois jalonnée sa vie.
Le mouvement de son peigne s'intensifie.
- Oui, mais son père ne peut même pas être là, il est dans l'impossibilité de revenir avec toute cette neige et ce gel. Nous sommes si peu nombreux a être encore dans ce village à cause de la météo. Il avait promis qu'il serait là, comme il l'a été pour nos deux premiers. Mais...
Le rythme de peigne devient plus régulier encore, plus doux, plus hypnotique aussi. Cet effet était peut-être induis par la chiche lumière du feu à l'agonie faute de substance ou encore par la voix soudainement devenue rêveuse d'Isabelle mais nous étions subjugués. Elle reprit
- Non peut importe. Vous comprenez, avec mon Emmanuel c'est une vraie histoire d'amour. Digne des contes qu'on raconte aux enfants lors des veillées d'hiver. Alors que nous étions tous les deux originaires de ce village où chaque personne est connue de tous et de toute c'est à l'occasion d'une rencontre à Bottelare que nous nous sommes réellement découverts. Je m'y étais installée afin d'échapper aux ragots des mégères et j'étais bien décidée de ne plus jamais ni évoquer ni avoir à faire de quelques manières que ce fussent avec Scheldewindeke.
Son sourire nous rappela la jolie jeune fille qu'elle devait être à l'époque. Le peigne crisse dans ses cheveux presque entièrement démêlés.
Et comme il ne faut jamais dire jamais c'est évidemment un fantôme du passé qui ravit mon cœur. Il connaissait l'histoire de ma famille, nous étions la risée de tout le village, mais il n'en avait cure. Vous comprenez, lui aussi, même si c'était dans une moindre mesure, connaissait le deuil et l'éclatement de sa famille.
Le peigne s'attaque à un nœud particulièrement récalcitrant.
Ce qui nous a fait connaitre n'est pas tant que papa ait perdu maman quand elle avait à peine 23 ans laissant derrière elle trois enfants, ni tant qu'il décide deux ans et demi plus tard de se remarier avec une veuve ayant elle même cinq enfants. Non ce qui a fait jaser c'est que le premier époux de ma marâtre avait lui-même était marié avant elle et qu'il avait eu deux enfants de son premier mariage.
Donc finalement nous nous sommes retrouvés dans une famille recomposée de onze enfants car mon père et ma marâtre eurent un enfant ensemble. A nous onze nous avions trois mères et deux pères différents. Les cancans allaient bon train on entendait souvent glousser à notre passage ainsi que les chuchotements pas vraiment discrets se demandant qui était l'enfant de qui. 
Intérieur Eglise Scheldewindeke
Mais là où les commères faillirent défaillir pour de bon c'est quand mon pauvre père après avoir veillé sur sa mère malade tomba raide mort trois jours après l'avoir mise en terre. Il n'avait que trente et un ans. Tout le monde pensa que nous les BAUWENS nous serions rendus à la famille de mon père ou de ma mère. Mais non, je ne sais pas comment ma marâtre y parvint mais elle nous garda tous les onze, nous avions de trois à dix-huit ans. Elle ne se remaria pas mais cette vie infernale eu raison d'elle quatre ans plus tard. Je me souviens encore de l'église ce jour là.
Oui, malheureusement je le sais, comme je sais que les plus vieux ont essayé de garder les plus jeunes avec eux, mais les différents conseils de familles furent intraitables et ils furent dispersés, même si beaucoup restèrent à Scheldewindeke. Je ne peux qu'imaginer les vexations et les perfidies que ces jeunes ont dû subir eux qui n'avaient plus ni père ni mère ni marâtre pour les protéger. 
Comme suivant le même cheminement que moi, Isabelle acquiesça doucement.
- Les trois plus jeunes furent relativement épargnés, ils étaient encore suffisamment petits pour être traités correctement, comme des enfants, dans leurs nouvelles familles. Nous n'avons pas eu la même chance, nous étions devenus les domestiques, les servants de personnes qui nous aimaient peu ou pas. Dés que nous avons pu nous nous avons pris notre envol. Je suis partie à Bottelare....et je rencontrai l'homme de ma vie, qui venait....et bien de Scheldewindeke. 
Intérieur de l'église de Bottelare
Je me souviens très bien de notre mariage là-bas. Une vie plein de promesses nous attendait.
Et elle avait raison. Tout alla bien pour elle les premières années. Ils ne restèrent que peu de temps à Bottelare, ils partirent rapidement pour Beerlegem (qui se trouve a environ une heure de marche de Bottelare ou de Scheldewindeke) où ils eurent leur premier fils. Ils reprirent ou gardèrent contact avec les frères et soeurs d'Emmanuel et ainsi que les frères/demi ou frères et soeurs de cœur d'Isabelle comme le confirme les différents actes de naissance de leurs descendances où Emmanuel ou Isabelle sont tour à tour parrain ou marraine. Puis finalement ils reprirent la route de Scheldewindeke. Est-ce pour aider une personne de leur famille si élargie ? Parce qu'ils avaient le mal de leur village ? 
Oui le temps avait passé, les commères avaient trouvé d'autres ragots à se mettre sous la dent. Nous nous sommes installés tout en pensant que c'en était terminé des enfants. Nous n'en n'avions que deux et c'était très bien comme ça. Mais la nature en a décidé autrement et à l'âge où beaucoup de mes amies sont grands-mères et bien je re-deviens maman à nouveau et ça me terrifie ! Vous comprenez j'ai déjà 45 ans. J'ai déjà vécu deux fois l'âge de ma mère et je suis plus vieille que ne l'a jamais été mon père ou ma belle-mère. 
Elle soupire longuement, son regard se fait vague, ses cheveux sont parfaitement démêlés. Un craquement sonore vient briser la bulle dans laquelle nous avait plongé le peigne et la voix douce d'Isabelle. Un petit bras un peu maigrelet avait jailli de derrière le fauteuil à bascule pour jeter dans l'âtre une bûche d'une taille assez respectable. Un joli minois vint compléter le petit bras.
Immédiatement le regard d'Isabelle nous lâcha pour se tourner vers son enfant, Joanne, son second fils.
Je t'avais dis de bien rester sous la couverture, ta toux n'est pas terminée, tu ne dois pas t'aventurer dehors.
Son regard acéré de mère avait tout de suite remarqué les traces bleues laissaient par le froid sur son bras ainsi que ses lèvres légèrement décolorées, elle s'inquiétait déjà. Mais elle ne put s'empêcher de sourire devant la profonde fierté qu'elle voyait s'épanouir sur la bouille de son fils de huit ans pour avoir ainsi bravé le froid afin de réchauffer son foyer.
C'est a cet instant qu'on entendit la porte du rez-de-chaussée s'ouvrir avec le grincement si caractéristique des gonds ayant trop froid.
Il est l'heure pour vous de partir. Il est hors de question d'alimenter de nouvelles rumeurs à mon sujet et j'ai hâte de serrer à nouveau ma Joanna dans mes bras. Mais avant une dernière chose. S'il vous plait. Dite moi si mon Emmanuel va revenir?
- Oui il reviendra, et ne vous inquiétez pas, ni pour lui, ni pour vous, ni pour vos enfants. Tout va bien se passer
Elle hocha doucement la tête, rangea son peigne dans une des nombreuses poches de son gilet. Elle n'en demanda pas plus. Juste satisfaite de ce qu'elle venait d'entendre.
De toute manière je n'aurais pas eu le temps de lui en dire plus, de lui dire par exemple qu'elle ne devait vraiment pas s'inquiéter pour son époux qui eut une longue vie (75 ans), ni pour elle (75) et qu'on trouvait encore aujourd'hui de ses descendants dans son village natal, enfants de son Joanne si courageux.
Nous revoici chez nous, mes filles dans leur canapé, endormies, moi sur mon pouf et d'une voix remplie d'émotions je conclus mon histoire

"Ils vécurent longtemps, le plus souvent heureux et s'ils n'eurent pas beaucoup d'enfants, leur descendance continue encore aujourd'hui à vivre près du Schelde.








lundi 15 octobre 2018

Preparation du RDVAncestral octobre 2019 - Partie 05

ok récapitulons !

Après maintes recherches j'ai enfin réussi à trouver l'acte de mariage de KESTELEYN Emmanuel et BAUWENS Isabelle. Il s'est fait le 31/01/1768 à BOTTELARE, commune qui se trouve à 1 heure de marche de SCHELDEWINDEKE.
Lors de son dépouillement j'ai pu découvrir que le témoin d'Emmanuel, Livinus n'est pas son père mais son frère ainé (le papa est décédé 9 ans plus tôt) et la maman il y a 3 ans.
Ensuite je me suis intéressé à VANHAUWE Isabella qui est la témoin d'Isabelle est là après quelques recherches un peu plus longues j'ai trouvé qu'elle était la femme de Joannes BAUWENS décédé le 20/09/1782 à SCHELDEWINDEKE
Donc on peut y lire qu'il est décédé le 20/09/1782 qu'il va sur ces 60 ans qu'il est l'époux d'Isabelle VANHAUWE et que son père s'appelle Livinus. Il est noté également qu'il est né à SCHELDEWINDEKE. Donc on chercher un Joanne né entre 1722 et 1724 (j'élargirai si je ne trouve rien dans ses dates, mais attendant je tente ma chance)
BINGO il n'y a que 2 Joanne qui correspondent à mes recherches. L'un en 1723 et l'autre en 1724. Je commence par celui de 1723 et voici ce que je trouve
Le 7/7/1723 est baptisé Joanne fils de Livinus et d'Isabelle Kestelyn (???). Je vérifie par acquis de conscience celui en 1724 est son père est un pétrus. J'ai donc le bon Joanne, mais pour l'instant je ne connais pas son lien avec notre Isabelle BAUWENS ni POURQUOI c'est son épouse qui est le témoin de son mariage.

Alors hop hop hop on repart à la recherche de notre Isabelle. Maintenant on connait sa date de décès, son mariage, cherchons sa naissance. D'après les recherches effectuées je sais, enfin je crois qu'elle est née à SCHELDEWINDEKE dans les années 1737-1739, alors allez on se motive, on retourne sur le référencement des naissances et on cherche. Je trouve le 11/02/1739 à SCHELDEWINDEKE une ELISABETH BAUWENS et je me dis "youpie". Vous allez me dire "comment-ça youpi ????"
On cherche une Isabelle pas une Elisabeth. Oui mais Isabelle est Elisabeth c'est pareil ! N'oublions pas que nous somme au XVIII siècle et que les actes sont écrits en latin....et les prénoms aussi. Isabelle est la "vulgarisation" du latin Elisabeth.
Si vous voulez faire vos propres recherches voici ce qu'on trouve en 5 secondes sur Google

J'ai donc trouvé la naissance de mon Elisabeth, mais je vais continué de l'appeler Isabelle BAUWENS
Donc le 12/02/1739 fut baptisé Elisabeth fille légitime de Jacobi BAUWENS et de Petronille VERBANCK, son parrain est Franciscus VERBANCK et sa marraine Elisabeth CASTELYN

Pour l'instant aucun rapport avec notre Joanne BAUWENS. Il serait chouette aussi de savoir si on arrive à retrouver les parrain/marraine d'Isabelle.
....
Après beaucoup de recherches et quelques maux de tête, j'ai pu prouver que Franciscus VERBANCK est le grand-père maternelle d'Isabelle et CASTELAIN Isabelle sa grand-mère paternelle. Pour ceux qui ont un peu de mal, la marraine est la mère du papa d'Isabelle et le parrain le père de la maman d'Isabelle.
Suite au prochain épisode

jeudi 11 octobre 2018

Preparation du RDVAncestral octobre 2019 - Partie 04

Et bien le mariage de CASTELEYN Emmanuel et BAUWENS Isabelle fut beaucoup plus difficile à trouver que ce que je pensais !
Comme il n'y a aucune trace de lui à SCHELDEWINDEKE même 20 ans plus avant la naissance de Jeanne, je me suis mis à chercher après le décès d'Emmanuel pour voir si, par hasard, il ne serait pas né ailleurs qu'a SCHELDEWINDEKE.
Pour trouver son décès je savais qu'il était encore vivant lors du mariage de sa fille en 1808 mais qu'il était décédé en 1815 lors du décès de son épouse.
Je le trouve facilement le 16/01/1811 a SCHELDEWINDEKE à KESTELYN Emmanuel
On y apprend outre que c'est le mari de Jeanne qui déclare ce décès qu'Emmanuel à 76 ans. On apprend les noms et prénoms de ses parents (Livinus et VANDEVYVERS Marie Anne) et il est noté qu'Emmanuel est né à SCHELDEWINDEKE.
Alors pourquoi ne pas trouver son mariage !!!!
Bref ! Me revoici quelques jours plus tard. J'ai pris une carte des environs de SCHELDEWINDEKE est j'ai travaillé les villes et villages aux alentours.
La chance m'a souri mais voyez plutôt.
Oui c'est a environ 1 heure de marche que je retrouve le mariage de KESTELEYN et BAUWENS dans la ville de BOTTELARE
Le voici
On parle bien d'un CASTELEYN Emmanuel ayant épousé une Isabelle BAUWENS. Les témoins sont Livinus CASTELEYN et Isabella VANHAUWE.
On pourrait se dire "chouette le père d'Emmanuel a assisté à la cérémonie"....et bien pas du tout ! Parce que le papa d'Emmanuel est décédé en 1759 à SCHELDEWINDEKE ! Par contre Emmanuel a un frère né en 1732 qui s'appelle Livinus. Mystère résolu pour lui, mais maintenant qui est Isabella VANHAUWE. Comme tout mon petit monde vient de SCHELDEWINDEKE je tente le coups et cherche Isabella VANHAUWE à SCHELDEWINDEKE et BINGO je trouve bien une Isabella décédèe en 1807 et elle est, entre autre, l'épouse en première noce d'un BAUWENS Joannes. Il n'y a plus qu'a trouver ce Joannes pour connaitre son lien de parenté avec notre Isabella BAUWENS.
Suite au prochain épisode !